Zones climatiques du DPE : ce que H1, H2 et H3 changent vraiment dans le calcul
TL;DR
- La méthode 3CL découpe la France métropolitaine en 8 zones climatiques (H1a, H1b, H1c, H2a, H2b, H2c, H2d, H3), déterminées par la commune du logement.
- Cette zone pilote deux tables météo distinctes : l'une pour le besoin de chauffage, l'autre pour le besoin de refroidissement. Un même logement, isolé à l'identique, n'obtient pas le même DPE selon sa zone.
- Sur notre propre mesure du corpus ADEME, le lien entre zone climatique et confort réel n'est pas toujours celui qu'on imagine : la Bretagne (H2a) affiche plus de logements en confort d'été insuffisant que la Méditerranée (H3).
Qu'est-ce qu'une zone climatique dans le DPE
Le moteur de calcul 3CL a besoin d'une donnée météo pour transformer les caractéristiques d'un logement (isolation, orientation, vitrages) en une consommation d'énergie estimée. Plutôt que d'utiliser une seule météo nationale, la méthode découpe la France métropolitaine en 8 zones climatiques, identifiées par le champ enum_zone_climatique_id dans les données du DPE : H1a, H1b, H1c, H2a, H2b, H2c, H2d et H3.
Chaque zone renvoie vers ses propres tables de degrés-jours de chauffe, de température extérieure moyenne et d'ensoleillement mensuel. Le même mur, avec le même U, ne perd donc pas la même quantité de chaleur selon qu'il se trouve à Strasbourg ou à Marseille : ce n'est pas le mur qui change, c'est le climat auquel il est confronté dans le calcul.
Une ville de référence par zone, à titre d'illustration. La zone d'un logement précis dépend de sa commune (annexe de l'arrêté du 17 octobre 1972 modifié) et figure directement dans son DPE.
Les 8 zones, dans les grandes lignes
Les zones s'organisent en trois familles, H1, H2 et H3, elles-mêmes subdivisées selon des nuances régionales (relief, façade océanique ou continentale) :
| Famille | Caractère climatique | Exemple |
|---|---|---|
| H1 (a, b, c) | Hivers rigoureux à froids, étés modérés. Grand quart nord-est, Nord et zones de relief. | Strasbourg, Lille, Clermont-Ferrand |
| H2 (a, b, c, d) | Climat plus tempéré, du littoral atlantique doux et humide (H2a, H2d) aux plaines intérieures plus continentales (H2c). | Brest, Nantes, Toulouse, Bayonne |
| H3 | Hivers doux, étés très chauds. Pourtour méditerranéen. | Marseille, Montpellier |
La zone H3 est la seule à sortir de ce classement nord-sud : c'est la seule zone du DPE explicitement définie par un climat estival, celui du pourtour méditerranéen (Bouches-du-Rhône, Hérault, Var, Alpes-Maritimes notamment), avec des hivers doux mais des étés nettement plus chauds que partout ailleurs.
Comment la zone climatique est déterminée
La zone climatique n'est pas un choix du diagnostiqueur : elle est déduite automatiquement de la commune du logement, selon l'annexe de l'arrêté du 17 octobre 1972 modifié. Vous ne pouvez ni la choisir ni la simuler, elle est fixe pour une adresse donnée.
Une seconde donnée s'y ajoute et fonctionne en croisement : la classe d'altitude (enum_classe_altitude_id, moins de 400 m, 400 à 800 m, ou plus de 800 m). Zone climatique et altitude déterminent ensemble la table météo utilisée, et l'altitude module en plus certains seuils de classe pour les logements situés au-dessus de 800 m.
Ce que la zone change concrètement dans le calcul
La zone climatique n'intervient pas à un seul endroit du 3CL, mais à deux, avec des effets opposés :
- Le besoin de chauffage : la table de degrés-jours de la zone fixe combien de degrés d'écart avec l'extérieur le logement doit compenser sur la saison de chauffe. Plus la zone est rigoureuse, plus ce besoin est élevé à isolation égale.
- Le besoin de refroidissement : une table distincte (température extérieure moyenne et durée de la période chaude par zone) alimente le calcul du besoin de froid, indépendamment de la présence ou non d'une climatisation déclarée.
Concrètement, isoler la même toiture de la même façon dans le Bas-Rhin (H1a) ou dans le Var (H3) produit un gain différent sur l'étiquette énergie, parce que le climat de référence auquel cette toiture est confrontée dans le calcul n'est pas le même. Comparer deux DPE réalisés dans deux zones climatiques différentes sur la seule étiquette finale peut donc être trompeur : la zone fait partie du contexte, pas seulement le bâti.
Ce que nos données montrent (calculé sur le corpus ADEME)
Sur les 4 548 367 DPE de maisons individuelles recensés dans l'open data ADEME, le besoin de refroidissement moyen déclaré (besoin_refroidissement) suit bien une pente nord-sud, mais pas de façon strictement monotone :
| Zone | Besoin de refroidissement moyen |
|---|---|
| H1a | 28,5 kWh |
| H1b | 88,4 kWh |
| H1c | 199,7 kWh |
| H2a | 18,3 kWh |
| H2b | 158,2 kWh |
| H2c | 650,0 kWh |
| H2d | 800,3 kWh |
| H3 | 1 197,5 kWh |
H1c (relief, climat continental) dépasse H1b malgré une famille climatique nominalement plus froide, et H2a (façade atlantique tempérée) reste la zone la plus basse du classement. Un point de méthode toutefois : ce champ est proche à 97 % d'un indicateur de présence de climatisation plutôt que d'un besoin physique pur (voir notre analyse détaillée), donc ces moyennes reflètent surtout le parc déjà climatisé de chaque zone, pas le besoin latent de l'ensemble du parc.
Autre recoupement, sur l'indicateur réglementaire de confort d'été cette fois (pas le besoin de refroidissement) : parmi les logements les mieux classés à l'énergie (étiquette A), 43,9 % sont jugés en confort d'été insuffisant en zone H2a (Bretagne, façade atlantique), contre 38,6 % en zone H3 (Méditerranée). La zone la plus chaude sur le papier n'est donc pas celle où le confort d'été pose le plus de difficultés aux logements bien isolés.
Pourquoi ça compte quand vous lisez ou simulez un DPE
Trois conséquences pratiques : la zone climatique de votre logement est fixe, elle ne se travaille pas, seul le bâti se rénove. Deux DPE ne se comparent équitablement que dans la même zone, sans quoi une partie de l'écart d'étiquette vient du climat de référence et non des travaux réalisés. Et le raisonnement « zone froide donc priorité au chauffage, zone chaude donc priorité au confort d'été » n'est qu'une première approximation : comme le montre H2a, un climat tempéré sur le papier n'empêche pas un besoin réel de protection contre la chaleur.
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