Confort d'étéOpen data ADEME

L'impact des rénovations énergétiques sur le confort d'été

TL;DR

  • L'« effet thermos » redouté après une rénovation ne se voit pas dans les données : une maison passée en A n'est pas plus souvent inconfortable l'été qu'une maison D.
  • Elle n'est pas plus confortable non plus. Pour une maison, le nombre de protections passives contre la chaleur est quasi identique de A à E — l'isolation de toiture progresse, mais l'inertie recule, et l'ombrage ne bouge pas.
  • Le meilleur prédicteur du confort d'été d'une maison n'est pas son étiquette, c'est son année de construction.
  • Les vrais leviers — fermetures extérieures, ventilation traversante, brasseur d'air — sont indépendants de la classe énergétique. C'est un chantier à mener à part.

L'étiquette et le confort d'été ne mesurent pas la même chose

L'étiquette énergie d'un DPE résume la consommation sur cinq usages, chauffage en tête. Le confort d'été est un module séparé du diagnostic : cinq critères oui/non fixés par l'arrêté du 31 mars 2021 — protection solaire extérieure, isolation de toiture, inertie lourde, logement traversant, brasseur d'air fixe. Deux d'entre eux sont éliminatoires : sans protection solaire extérieure ou sans toiture isolée, l'indicateur est « insuffisant », quels que soient les trois autres.

Ces deux mesures répondent à deux physiques différentes. L'hiver, on cherche à retenir la chaleur ; l'été, à ne pas la laisser entrer et à pouvoir l'évacuer la nuit. Elles sont calculées séparément dans le diagnostic, et rien ne garantit qu'améliorer l'une améliore l'autre.

Toutes les mesures qui suivent viennent du jeu dpe03existant de l'ADEME, agrégé côté serveur sur le corpus entier — pas un échantillon. On se limite aux maisons individuelles : un appartement situé à un étage intermédiaire n'a pas de toiture exposée et répond à des contraintes différentes.

L'effet thermos ne se lit pas dans les chiffres

On pourrait s'attendre à ce qu'une maison bien isolée, une fois la chaleur entrée, la garde plus longtemps — et soit donc plus souvent jugée inconfortable. Ce n'est pas ce qu'on observe. Part de maisons au confort d'été « insuffisant », par étiquette :

ÉtiquetteABCDEFG
insuffisant37,6 %43,4 %43,8 %48,4 %53,7 %60,4 %69,3 %

Une maison A n'est pas plus souvent inconfortable qu'une maison D — elle l'est un peu moins. L'inquiétude exprimée au niveau national est réelle, mais elle ne se traduit pas par une dégradation : rénover ne fabrique pas des thermos.

Le revers, c'est que ça ne s'améliore quasiment pas non plus. Entre A et E, l'écart est de dix points, là où l'étiquette, elle, a parcouru toute son échelle. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder les cinq critères un par un.

Un critère progresse, un autre recule, trois ne bougent pas

Taux de validation de chacun des cinq critères de l'arrêté, maisons, par étiquette :

Étiquetteprotection solaire ext.isolation toitureinertie lourdetraversantbrasseur d'air
A59 %98 %10 %85 %5 %
C52 %96 %14 %83 %5 %
E47 %81 %29 %83 %5 %
G50 %39 %45 %80 %3 %
0%25%50%75%100%ABCDEFG
Isolation toitureInertie lourdeProtection solaire ext.Logement traversantBrasseur d'air

L'isolation de toiture est le seul critère qui suit l'étiquette : 39 % des maisons G la valident, contre 98 % des A. Normal — c'est de l'isolation, donc de l'énergie.

L'inertie lourde va dans l'autre sens : 45 % des maisons G, seulement 10 % des A. Deux effets se cumulent. D'abord un effet d'âge : les maisons bien classées sont plus récentes (l'inertie lourde déclarée passe de 33 % sur la période 1948-1974 à 9 % après 1989) et souvent construites en matériaux légers. Ensuite un effet de la rénovation elle-même : le DPE ne compte une paroi comme « lourde » que si elle est massive et non isolée par l'intérieur. Une vieille maison en pierre qui reçoit une isolation intérieure lors de sa rénovation garde sa masse, mais perd le bénéfice d'inertie au sens du diagnostic — la paroi est désormais « habillée » côté intérieur et ne restitue plus sa fraîcheur à la pièce. Dans les deux cas, l'inertie ne se rattrape pas.

Protection solaire extérieure, logement traversant, brasseur d'air : plats d'un bout à l'autre de l'échelle. Ce sont des choix de conception et d'aménagement, sans lien avec la performance énergétique.

Si l'on additionne les cinq critères, une case validée valant un point, le score passif moyen d'une maison va de 2,58 sur 5 en classe A à 2,45 en classe E — puis 2,16 en G. Presque plat sur toute la moitié haute de l'échelle : le gain de toiture est repris par la perte d'inertie, et le reste n'a pas bougé.

0123452,58A2,53B2,49C2,48D2,45E2,38F2,16G
Score = nombre de critères de l'arrêté validés, moyenne par étiquette, maisons. Échelle complète 0-5.

Cette addition à parts égales est une lecture de DPE Demain, pas celle du diagnostic. L'indicateur officiel, lui, pondère : « insuffisant » dépend uniquement des deux critères éliminatoires, les trois autres ne départagent que « moyen » et « bon ». C'est ce qui explique que les maisons basculent « insuffisant » surtout via la protection solaire (absente sur au moins une baie non-nord dans ~40 % des cas), pas via la toiture.

Le confort d'été d'une maison se lit dans sa date de construction

Si la classe ne dit presque rien du confort d'été d'une maison, qu'est-ce qui le dit ? La période de construction. Voici la part de maisons « insuffisant », croisée par étiquette (lignes) et par période (colonnes) :

Ét.avant 19481948-19741975-19771978-19821983-19881989-20002001-20052006-20122013-2021après 2021
A60,846,944,037,335,140,743,041,234,134,5
B61,548,142,739,438,642,441,838,933,135,3
C61,447,641,340,940,540,137,833,829,530,7
D63,447,339,740,441,238,836,233,239,651,3
E63,949,040,939,641,039,041,640,753,6·
F68,552,942,842,745,546,156,7···
G75,860,150,848,553,347,4····

Valeur = % de maisons au confort d'été « insuffisant ». Point médian = pas assez de logements dans la cellule. Les tranches sont celles du DPE, calées sur les réglementations thermiques successives.

Les lignes se ressemblent, les colonnes tranchent. Une maison classée A construite avant 1948 est jugée inconfortable l'été dans 61 % des cas — soit à peu près autant qu'une maison G récente, et plus qu'une maison C de 2013-2021 (30 %). L'étiquette peut varier de A à G sans que le chiffre bouge beaucoup ; l'époque, elle, le fait varier du simple au double.

Autrement dit : une vieille maison en pierre rénovée jusqu'à la classe A garde le comportement estival d'une vieille maison en pierre. La rénovation a traité ses déperditions d'hiver, pas sa relation au soleil et à la surchauffe.

Les leviers du confort d'été sont ailleurs

La bonne nouvelle de cette lecture par critère, c'est qu'elle désigne précisément le gisement. Trois des cinq critères ne dépendent pas de la classe énergétique, ne coûtent pas grand-chose, et sont largement sous-équipés :

  • Protection solaire extérieure — volet, persienne ou store extérieur sur chaque baie exposée. C'est le critère qui fait basculer le plus de maisons en « insuffisant », et il est absent sur au moins une fenêtre dans environ 40 % des maisons, quelle que soit leur étiquette.
  • Ventilation traversante — la possibilité de faire circuler l'air d'une façade à l'autre du logement pour évacuer la chaleur pendant les nuits fraîches. C'est le levier le plus contraignant des trois : il tient à l'agencement même du logement (des ouvrants sur au moins deux orientations, un chemin d'air dégagé entre elles) et le corriger peut demander des travaux lourds — percer une ouverture, abattre une cloison, revoir la distribution des pièces.
  • Brasseur d'air fixe — présent dans à peine 5 % des maisons, tous niveaux de classe confondus. Un ventilateur de plafond ne refroidit pas l'air, mais le mouvement qu'il crée abaisse nettement la température ressentie. À l'inverse en hiver, tourné dans l'autre sens et à petite vitesse, il redescend l'air chaud qui stagne au plafond.

Aucun de ces trois postes n'apparaît dans une rénovation énergétique classique, centrée sur la consommation d'énergie l'hiver. Le confort d'été mérite d'être traité comme un chantier distinct, avec ses propres priorités — sous peine de rénover une maison entière sans avoir touché à ce qui détermine si on y dormira en juillet.

Une limite à garder en tête : l'indicateur de confort d'été n'est renseigné que sur environ deux tiers des DPE du corpus (les parts ci-dessus sont calculées sur les lignes renseignées), et ces chiffres décrivent une corrélation, pas une chaîne de causes. Le croisement par période de construction et la restriction aux maisons neutralisent les deux biais les plus évidents.

Mesures faites sur le jeu dpe03existant de l'ADEME via values_agg, qui agrège sur le corpus entier.

Regardez le confort d'été de votre logement

Entrez votre numéro de DPE pour voir vos cinq critères de confort d'été, vos fenêtres protégées orientation par orientation, et votre inertie paroi par paroi — indépendamment de votre étiquette énergie.

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